Kaïros

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Jeudi 14 février 2008 4 14 /02 /Fév /2008 20:37

Je m'étais dit que je ne réserverais plus d'article entier à un film en particulier, et puis tout de même, hier soir je suis allée voir un film qui vaut la peine d'être mentionné à plus d'un titre. Je suis donc allée voir INTO THE WILD le dernier film de Sean Penn.


         


Plusieurs choses à dire, sur plusieurs sujets bien entendu.


La réalisation d'abord, absolument impeccable. Des panoramas beaux à pleurer. Des acteurs magnifiquement dirigés. Des plans-séquences irréprochables. Des intuitions franchement géniales. Une distanciation fine mais toujours maintenue. Bref, du grand Sean Penn.


Le scénario ensuite. Inspiré directement de l'histoire vraie de Chris MacCandless (ou un nom comme ça, je n'ai pas vérifié), le film nous fait suivre la décision d'un jeune homme d'entrer en rupture avec la société. Et quand je dis rupture, c'est le terme juste. Il ne s'agit pas d'autre chose que de rompre radicalement avec la société civile, dans le droit chemin tracé par ses prédécesseurs, j'ai nommé Emerson et Thoreau. C'est évidemment très important de le savoir, ca l'est encore davantage d'avoir lu ces auteurs. Chose que j'ai eu l'occasion de faire, notamment en cours d'anglais (philosophique) en master, à moins que ce ne soit en licence, j'ai oublié, peu importe. Le jeune Chris, qui se baptise lui-même Alexander Supertramp (supervagabond hein, rien à voir avec le groupe du même nom), pétri qu'il est de toutes ses lectures, prend son sac à dos, et vogue, cahin-caha vers un idéal qu'on imagine très rapidement intouchable.


Apologie de la solitude ou de l'isolement ? On se demande. J'ai notamment cette scène en tête, où le jeune Alexander se retrouve en pleine ville californienne et est soudain pris d'une sorte de crise de claustrophobie... Avide de grandes étendues désertes d'hommes... bon...


Ce genre d'idéal, de rêve de grands espaces, etc, etc, a tendance à me faire un peu sourire. Certes, la nature je connais. Bah oui, j'ai été élevée en pleine brousse, je sais bien ce que c'est que de s'ouvrir le doigt dans un bois et de pouvoir gueuler jusqu'à plus soif parce que personne ne vous entend. Ca n'a rien de drôle. C'est à mon avis quelque chose de typiquement citadin que d'aspirer à ce genre de rupture. A t-on réellement besoin de s'isoler pour profiter d'une solitude parfois salutaire ? Je ne le crois pas. 


J'ai donc eu, en bonne aigrie que je suis, envie de mettre une gifle ou deux à notre cher Robinson suisse pendant le film. Ca a été ponctuel je vous rassure. J'ai grandement profiter du film, j'en ai pris plein les yeux, et aussi plein les oreilles ! La BO étant particulièrement réussie ! Merci Eddie Vedder (le chanteur de Pearl Jam pour les moins mélomanes...)


Même si ce film n'est en aucun cas moraliste, il donne à penser... sur cette fameuse autosuffisance que l'on peut parfois prôner. Quel intérêt si on ne peut pas partager son bonheur ? L'un des derniers extraits que cite le narrateur du film est un extrait de Tolstoï, justement sur ce rôle de l'autre, en tant qu'autre... L'autre en tant qu'il nous renvoie notre propre image oui, mais surtout l'autre en tant qu'il nous permet de prendre conscience de notre propre être.


In fine je crois qu'on peut dire qu'on tient là un film franchement intellectuel, ou en tout cas manifestement pétri d'une culture littéraire archétypique de l'Amérique du nord. Il y a de tout dans ce film... un peu du NOUVEAU MONDE de Terrence Malick évidemment, de Nature d'Emerson, beaucoup de Walden et de Walking  de Thoreau, de l'Adolescende de Tolstoï...


Si ça peut donner à chacun l'envie d'aller fouiner du côté de cette littérature tant mieux. Si ça donne envie d'aller se foutre au fin fond du désert de Gobi pour réfléchir seul... là... bon....



                                           Il n'y a de bonheur que partagé... 

Par Dinou - Publié dans : Tout un cinéma
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Commentaires

Nous avons aussi beaucoup aimé . Contente que tu sois allée le voir et que tu y aies consacré un article...Bonne conclusion...qui est aussi celle du film!

Commentaire n°1 posté par caroline le 14/02/2008 à 23h30
Merci qui ?  Merci Michel (Puech) !  C'était en Master, le cours sur Emerson et Thoreau, chère ex-collègue...  Tu l'as déjà oublié ?  Bonne chance pour le CAPES et l'agrégation quand même.
Commentaire n°2 posté par Un ex-collègue le 19/02/2008 à 11h04

Non seulement je ne l'ai pas oublié, mais je lui ai envoyé un mail pour lui faire part de mes impressions sur ce film ! Et tac !

Merci ^^

Réponse de Dinou le 19/02/2008 à 20h09
Ah, tu le tiens informé de tes impressions et sentiments ?  Toujours amoureuse, alors ;-) ?  C'est vrai que, grâce à son cours, on voit ce film tout différemment : j'ai pensé à lui tout au long du film (que j'ai modérément apprécié, comme toi semble-t-il).  Sinon, "Vitam impendere vero", ce n'est pas un peu prétentieux comme devise ?  Bon, d'accord, c'était celle de Jean-Jacques, paraît-il, m'enfin quand même...
Commentaire n°3 posté par Un ex-collègue toujours (le même)... le 19/02/2008 à 21h34
Ah ah ah ! Décidément, qu'est-ce qu'on rigole avec toi...

Ce n'est pas une devise, c'est un objectif... un sacerdoce...

Je ne vois pas en quoi c'est prétentieux... mais si ça te fait plaisir...
Réponse de Dinou le 19/02/2008 à 22h54
Je suis restée scottchée par ce film, c'est simple en sortant de la salle tout le monde se taisait comme pr respecter le travail, comme si les mots ne suffisait=ent pas ou auraient été inutiles...
La B.O est aussi extra, chouette blog au passage!
Commentaire n°4 posté par ciorane le 22/08/2008 à 10h52
 
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