Ce midi, mes grand-parents paternels sont venus déjeuner chez moi, enfin, chez mes parents en fait. Voilà bien 20 ans que je n'avais pas vu mes parents et mes grand-parents réunis
dans une même pièce, assis autour d'une même table. Mon père s'était méchamment engueulé avec sa mère à ce moment là - y'a 20 ans, et depuis, je n'avais guère eu de contact avec ma grand-mère,
davantage avec mon grand-père, lequel passe de temps en temps à la maison, voir les vaches, ce genre de choses...
J'étais hyper anxieuse hier matin. Je n'ai pas bien dormi la nuit, je ne savais pas si je serai à la hauteur de ces projets de reconstruction que semblent échaffauder ma grand-mère et mon père.
Pour ma part, je suis sceptique. Je le suis toujours remarquez, mais cette fois plus encore que d'habitude. Quand on a pu se passer de son fils - ou de sa mère, pendant tant d'années, je trouve
un peu mesquin de revenir un beau jour, comme ça, sans aucune explication. Parce qu'il n'y a aucune explication. Tout est dans le non-dit. Mon père est très fort pour ça. Seulement je le connais
bien, alors je lis un peu entre les lignes. Pour cette fameuse grand-mère, c'est beaucoup plus difficile.
Je crois que j'ai été bien pourtant. J'ai fait la conversation, raconté une blague ou deux. J'ai servi les plats, desservi, me suis assurée que les verres ne se vident pas. J'ai été bien. Mais
qu'est-ce que j'étais mal ! Je ne comprends décidément pas comment on peut vivre dans une telle situation, dans l'incommunication. J'aime mettre des mots sur les choses. Je ne sais pas trop de
qui je tiens ça. Maman ne dit pas grand chose en ce qui concerne ce qu'elle ressent vraiment. Papa est une tombe, et il faut des heures de boulot pour lui faire cracher sa valda. J'imagine que
j'ai pris l'exact contre-pied de l'usage familial. Je n'aime pas que les choses restent en plan. Je préfère que chacun dise ce qui ne va pas, parce que, réciproquement, ça permet aussi de
souligner ce qui va. Et ça va souvent mieux en le disant.
Dire aux gens ce qui ne va pas, c'est un premier pas pour leur dire qu'on les aime. Ca me parait tellement plus simple comme ça. Pour autant, en pratique, ça ne l'est pas. Ca coûte. Cher parfois.
Mais ça n'en a finalement que plus de valeur après tout.
Je suis actuellement - enfin, non, je ne le suis plus pour le moment, mais j'imagine que ça va recommencer quand je reviendrai à Paris - en train d'essayer de clarifier une situation qui me
tient plus ou moins à coeur, et j'ai le sentiment qu'il y a quelque chose à faire de ce côté là, que si je ne le fais pas dans les règles, je passerai à côté de quelque chose. Alors ça vaut ce
que ça vaut, mes intuitions ne sont pas toujours favorables, mais ce goût d'inachevé, je le déteste par dessus tout. J'aime autant mettre des points finaux que des points de suspension.
Evidemment, ça coupe certaines perspectives, mais au moins on sait à quoi s'en tenir, et toute rationnelle que je suis, j'ai besoin de ça. Reprendre un peu le contrôle, ça me permet de ne pas
flancher, de m'appuyer sur des choses un peu certaines... c'est apaisant.
Enfin bref, ce déjeuner était dans l'ensemble assez détestable. Ce n'est pas tant le contenu des conversations qui m'a gêné que sa forme... Ca n'allait pas. Rien de naturel. Rien de franc. Rien
de beau là-dedans, pas même un regain de cet élan de reconciliation. Il y avait quelque chose de profondément desespéré... chacun le savait... ça n'a pas fonctionné. Je le regrette amèrement,
mais je me dis qu'au fond, il y a des choses qui sont telles qu'elles sont, et qu'on ne peut pas les changer, simplement parce que c'est... trop tard. Savoir prendre en compte ces choses là,
c'est sans doute faire un pas vers la sagesse.
^^



















































Vos goûts et dégoûts